Le crapaud sonneur a bon dos

Le sonneur

Interview exclusive de l’intéressé à l’occasion de la semaine du développement durable.

Dans un article de la presse locale, était une fois de plus évoquée la déviation de Cambes et le retard pris par une nouvelle procédure de déclaration d’utilité publique. Le représentant du Conseil général laissait entendre que ce retard était dû, à la présence de crapauds sonneurs à ventre jaune sur le trajet retenu.

L’association du côté de Puy-blanc, qui s’est prononcée favorablement pour le tracé de cette déviation depuis plus de dix ans, a dénoncé, à maintes reprises, le retard pris pour créer cet axe urgent.

Le conseil général traîne les pieds sur ce dossier depuis plusieurs années, alors que la région a apporté une enveloppe correspondant à la moitié du financement. Cette panne de calendrier nous est expliquée par les seules contraintes environnementales.

Les membres de l’association DCPB, qui en 1995 ont été les premier à découvrir la présence du crapaud sonneur à Puyblanc, militent pour que son habitat soit protégé, mais aussi pour que la circulation routière infernale et dangereuse quitte au plus tôt le centre du village pour que les riverains retrouvent calme et sécurité.

Bénéficiant d’une certaine écoute et proximité avec ce crapaud emblématique, ils sont allés à sa rencontre pour lui demander son avis sur la question.

Le délégué de la gente batracienne du secteur, Bombina Variegata, nous donne ainsi son point de vue, en exclusivité, et dans le cadre de la semaine du développement soutenable. (propos traduits du « Herbo croas » par des spécialistes de DCPB) :

« C’est tout d’abord une grande satisfaction pour mes amis et moi-même d’être à présent reconnus et identifiés dans ce secteur. Cette même personne, actuellement Directeur de l’Aménagement du conseil général qui signale notre présence sur le trajet de la future déviation (article La Dépêche du 24 mars) est le même qui, en 1995, était chargé du dossier des déchets du Lot et voulait nous enfouir sous des poubelles ultimes…

Je suis fort étonné que l’on nous brandisse comme un obstacle de plus à la déviation de Cambes, alors que notre présence n’a jamais été signalée et retenue lors de la création de Quercypôle, de l’Hélistation, récemment inaugurée, et autres réalisations routières plus pressantes dans le voisinage. Contrairement à notre cousine la grenouille qui voulait être l’égale du boeuf, discrets batraciens nous ne briguons pas le statut de boucs émissaires…

Nous avons, il est vrai quelques difficultés à comprendre le fonctionnement des humains qui sont aux affaires dans cette région. Nous avons en effet échappé ces dernières années à Puy-blanc à quelques projets délirants comme : un incinérateur, une serre expérimentale de tabac OGM, un golf…

La plupart du temps on nous ignore superbement. Ainsi la communauté de communes de Figeac a opposé un refus catégorique de s’engager pour le classement de Puy-blanc, notre éden lotois, comme réserve naturelle régionale.

Puis, soudain, on nous bichonne à l’excès. Lors de la construction de la nouvelle route Reyrevignes Cambes, le service des routes envisageait de construire un « crapauduc » d’un montant de 200 000 €. Il aura fallu une réunion d’urgence demandée par l’association « Du Côté de Puy-blanc » et le PNR pour mettre fin à ce projet délirant.

Il est clair que nous étions présents ici, bien avant toute activité humaine et à ce titre nous demandons que les projets soient respectueux de cette biodiversité dont nous sommes un symbole vivant.

Je terminerai mon intervention par une citation de l’un de mes congénères, par ailleurs titulaire d’une chaire de sagesse animale à l’université naturelle des étangs de Puy-blanc : Mieux vaut-il avoir le ventre jaune que le ventre mou ? »